COMMUNIQUÉ DE PRESSE – Bruxelles, le 23 octobre 2026
Actiris a présenté le 21 octobre sa feuille de route pour contribuer à l’objectif régional de 70 % de taux d’emploi en 2030. Le Groupe d’Etude pour la Réforme de l’Action Sociale (GERAS) salue cette ambition et la clarté des axes retenus, mais constate que les CPAS n’y apparaissent pas, alors qu’ils accompagnent désormais une part décisive des chercheurs d’emploi bruxellois.
Des chiffres qui parlent
- Fin septembre 2026, les CPAS bruxellois octroyaient un revenu de remplacement (RI/ERI) à 64.688 personnes tandis qu’Actiris annonçait 100.198 chercheurs d’emploi inscrits chez eux.
- Selon Actiris, atteindre un taux d’emploi de 70 % (l’objectif du Gouvernement) suppose d’ajouter environ 57 000 Bruxellois à l’emploi par rapport à 2025. Selon la feuille de route d’Actiris, l’évolution du marché devrait en fournir naturellement environ 17 600. Les leviers d’Actiris permettraient d’en assurer environ 9 000, ce qui laisse un écart d’environ 30 000 personnes. Une partie importante de ce public passe par les CPAS.
Réécrire la Feuille de route selon 7 critères
- Une feuille de route co-construite entre Actiris et les CPAS. A partir du moment où une part plus que significative des chercheurs d’emploi bruxellois sont aidés par un CPAS, la feuille de route d’Actiris ne peut être pensée par Actiris seule. Il faut revoir cette feuille de route à l’issue d’une co-construction entre Actiris et les CPAS bruxellois, afin de garantir la complémentarité des interventions, la cohérence des objectifs poursuivis et l’adéquation des moyens mobilisés. La stratégie régionale d’accès à l’emploi ne peut plus être élaborée unilatéralement.
- La confirmation d’un service universel d’Actiris en matière d’emploi. Actiris s’occupe du placement sur le marché de l’emploi de 100% des chercheurs d’emploi. C’est sa mission de base. Cibler les jeunes ne peut signifier abandonner les autres. Parallèlement, cela permettrait aux CPAS de ne pas devoir développer ce même métier (le placement) et dès lors éviter un transfert implicite vers les CPAS de missions de placement qui relèvent du cœur de métier d’Actiris.
- La reconnaissance des métiers de base et du rôle spécifique des CPAS. Les CPAS assurent l’accompagnement social de
schercheurs d’emploi afin de garantir leur droit à la dignité humaine via un revenu d’intégration ou une aide financière équivalente et 2) une prise en charge socioprofessionnelle intégrée : remobilisation, santé, logement,formation professionnelle, langues, mobilité, garde d’enfants… qui impactent grandement sur l’accès à l’emploi. - Des moyens à la hauteur. Pour cette seconde mission, Actiris verse +/-4 millions d’euros par an aux CPAS, soit environ 55 équivalents temps plein. Une analyse comparative serait intéressante : combien le VDAB flamand consacre aux CPAS flamands pour un nombre similaire de bénéficiaires ? Les objectifs assignés aux CPAS doivent s’accompagner d’un financement à la hauteur des charges réelles qu’ils assument.
- Une réponse à l’urgence. Les vagues d’exclusion du chômage s’étalent jusqu’à mi-2027, bien avant l’horizon stratégique fixé à 2030. Les CPAS en absorbent seuls le choc. Actiris doit prévoir des dispositions d’urgences permettant de renforcer immédiatement les capacités d’accompagnement des publics concernés.
- Les conditions d’accès du public CPAS aux nouveaux leviers régionaux de mise à l’emploi, notamment la prime à l’embauche prévue en 2027 et les zones d’accélération économique, ainsi que les modalités de mise en œuvre de ces nouveaux leviers doivent être pensés en articulation avec les outils propres aux CPAS.
- Des indicateurs communs, une évaluation des effets et une gouvernance partagée. Les changements de statut liés à la réforme peuvent brouiller la lecture des chiffres : une sortie des statistiques du chômage ne signifie pas nécessairement un accès à l’emploi. Actiris et les CPAS doivent disposer d’indicateurs communs pour suivre les parcours, l’accès à un emploi durable et de qualité, ainsi que les situations de perte de revenus ou de rupture de droits. Ce suivi doit alimenter un processus régulier d’évaluation et d’analyse d’impact, associant les professionnels et les personnes concernées, pour apprécier les effets de la réforme et des dispositifs d’accompagnement sur les conditions de vie, l’accès à l’emploi et la charge des services. Les résultats doivent être rendus publics et servir à adapter les dispositifs et les moyens. Cette démarche suppose une association structurelle des CPAS à la gouvernance, notamment dans le prochain contrat de gestion d’Actiris.
La Feuille de route d’Actiris est une démarche positive, qui doit être saluée en tant que telle. Elle n’acte malheureusement pas la transformation profonde au sein de la population bruxelloise des chercheurs d’emploi générée par la Réforme des Allocations de chômage. Actiris doit rester le service public de l’emploi de tous les Bruxellois. Les CPAS doivent être reconnus et soutenus dans leur rôle d’accompagnement social et de levée des freins à l’emploi. Cette complémentarité suppose une stratégie co-construite, des moyens adaptés, une gouvernance partagée et des mesures d’urgence à la hauteur des défis engendrés par les exclusions du chômage.
Le GERAS est composé de travailleuses et de travailleurs en CPAS, d’académiques et d’associations partenaires. Il continuera d’alimenter la réflexion sur les missions spécifiques des CPAS et sur l’universalité du service public de l’emploi.
Parmi les collaborateur.trices du GERAS sur cette question :
- Carlo CALDARINI, Sociologue et formateur en politiques sociales
- Angélique BERT, Travailleuse sociale
- Ariane DIERICKX, Directrice de l’Ilôt
- Anne GAUTHIER, Directrice et Véronique GEORIS, Accompagnatrice d’équipes et de directions au Grain asbl
- Eric LUNA, Administrateur-délégué du STICS asbl
- Véronique van der PLANCKE, Collaboratrice scientifique à l’ULB (Centre Perelman) et à l’UCLouvain (Centre de Philosophie du Droit)
- Parmi les travailleurs et travailleuses en CPAS, Diana DIOVISALVI, Sophie VANNESTE, François TRICOT, Pierre VERBEEREN.